C’est avec les pieds qu’on se nettoie le mieux la tête

Lumière de solstice…ça serait bête de rester enfermé, non ?

“Oh, ben…marche!…” Combien de fois ai-je entendu cette expression fataliste de la bouche de mon grand-père morvandiau ou de celle de mes oncles, du charpentier au tailleur ou au vigneron? Conclusion d’un “change bref, elle signifiait d’abord que l’on souhaitait briser là. Un soupçon de fatalisme, une invitation à continuer…son petit bonhomme de chemin avec un grain de scepticisme qui semblait dire : “Et si tu veux me faire marcher, tu peux toujours courir.”

Aujourd’hui, si ça ne “marche” pas pour tout le monde, ce sont bien Madame et Monsieur tout-le-monde qui revendiquent la marche, la vraie, grosses chaussures et sac au dos : 18 millions de pratiquants en France, chiffre en augmentation constante. Partout, des clubs et amicales. Eh oui, plus on essaiera de mettre des écrans entre nous et le monde réel, plus nous aurons envie d’aller voir de quel bois est faite la forêt, d’y surprendre chevreuils ou palombes et d’éprouver cette bonne fatigue perdue de vue par les sédentaires. Les grand espaces ont la cote : Aubrac, traversée des Pyrénées, de la Corse, et cette grande vadrouille inscrite dans notre patrimoine : St Jacques de Compostelle, que Jean-Christophe Ruffin appelle L’immortelle randonnée, monde de petites victoires et d’émerveillements, de ronflements et de petites chapelles, d’accueil chaleureux et de pieds fumants. Une tranche de vie qui ne s’oublie pas, remise à la mode voici quarante ans par les deux écrivains Jean-Noël Gurgand et Pierre Barret, qui partirent de Vézelay. Car notre colline bien-aimée est le point de départ de la Voie limousine du chemin.

La marche est  dans l’air du temps. Combien de seniors – entre autres- triomphent ainsi du muscle qui tel les retraites n’augmente plus, du tendon qui se tend moins, des bielles qui coulissent par à-coups, et se ménagent un assez bel automne sans le secours des laboratoires pharmaceutiques et en mettant le psy au chômage? vous avez dit déprime? Le chemin qui lave tout élimine les “pensées folles” au fur et à mesure de leur éclosion. Bien plus, il favorise des pensées pas folles du tout, bonnes idées et solutions naissant souvent sur le sentier. Nietzche a dit là-dessus des choses très bien, lui qui ne brillait pas par cette “grande santé” qu’il appelait de ses vœux.

La Bourgogne, région tous terrains

Or, des sentiers, notre Bourgogne morvandelle en a à revendre (si j’ose dire, car ils font  partie de ces choses que l’argent ne peut encore acheter…mais oui!) Chacun peut choisir son terrain et s’initier à la plus vivante des géographies – laissez-donc votre GPS! – en déchiffrant la carte IGN au 25 000ème. Vous êtes plutôt forêt? Cap sur le Morvan. Propreté garantie des sols granitiques…mais parfois crues localisées des gentils petits rus que l’on contourne à moins que le Parc Naturel n’ait équipé le passage de planches surélevées, comme à Saint Agnan. Les grands horizons vous tentent? Direction Tonnerrois ou Terre-Plaine. Mais aucun secteur ne vous condamne à la monotonie, un panachage paysager étant toujours possible avec à volonté le plat ou les dénivelées propices au “cardio-training”.

Poste d’observation de la faune au lac de Saint Agnan

Une si belle nature  a comme il se doit ses fervents, locaux ou habitués extérieurs. Certains arpenteurs de granite ou de calcaire de chez nous ont au compteur – ou plutôt au podomètre – des exploits dont ils ne tirent pas gloire, la marche n’étant point affaire de m’as-tu-vu : on rencontre d’anciens marcheurs de Compostelle ou de la Via Francigène d’Assise. Et pour ceux qui regarderaient de haut ce qu’ils considèrent comme sport de papies-mamies, il existe des variantes plus hard, comme le trail d’orientation ou d’endurance. N’est ce pas d’ailleurs Avallon qui a accueilli lors des trois dernières années l’épreuve reine, la course de l’OXFAM trailer qui consiste à couvrir 100 km en trente heures?

Entre les deux, la marche nordique, à l’aide de bâtons, présente comme le ski de fond pour lequel elle est un excellent entraînement des mouvements qui sollicitent un maximum de groupes musculaires et tonifient les articulations.

Bords de la Cure près de Gouloux : pour manger le casse-croûte à l’abri…

De Clamecy à Avallon, de Quarré-les-Tombes à Vermenton, on marche en solitaire, en “groupe de copains” informel et bien sûr au sein de clubs structurés, entre autres:

  • Terre de légende : le plus ancien, qui a célébré en 2017 ses vingt ans. Rando tous azimuts, avec souvent une ouverture sur une curiosité du “patrimoine caché”, et marche nordique le jeudi. Le club se charge aussi du balisage de 600 km de sentiers dans le grand Avallonnais. S’adresser au président : 
  • Cap nature : randonnée et marche nordique. contact  
  • CARTO (Club avallonnais de randonnée et orientation cartographique) : n’ayez pas peur, là aussi c’est “tous niveaux et pour tous les âges” si l’on en croît le président, et en plus on mobilise les neurones : contact 
  • Avallon accueil : randonnée le jeudi matin. contact 
  • LCA (Loisirs et Culture en Avallonnais),Maison du Bois-Gargan, avenue Pierre Vgoureux 89200 Avallon – contact
  • Les godillots de Chastellux : n’oublions pas nos voisins morvandiaux! Voir leur site

A noter que de nombreux marcheurs se partagent entre deux, voire trois associations (quelle santé!), qu’il y règne un climat de convivialité agréable et que partout le co-voiturage est la règle. Bien des clubs omnisports et associations non dédiées organisent en outre des randonnées ponctuelles.

Pour conclure, la devise de la Fédération française de randonnée pédestre : “Un jour de sentier, huit jours de santé”.

Et la mienne : “c’est avec les pieds qu’on se nettoie le mieux la tête”.