De Saint-Lazare à…Saint- Lazare

Entre plaine de Saône et contreforts morvandiaux, l’itinéraire du patrimoine roman en Bourgogne déroule ses chefs-d’œuvre de Tournus à Vézelay. Tout se mérite : pour admirer ces joyaux, il faut quitter l’autoroute pour reprendre la bonne vieille nationale, ancienne N6 et ci-devant route royale de Paris à Lyon, réduite aujourd’hui à une banale “D 906”. Rassurez-vous, cela n’a rien d’un chemin de croix, vu les haltes gourmandes qui permettent de marier les plaisirs de la table et ceux de l’esprit, selon l’humanisme propre à notre pays.

Mais c’est l'”itinéraire bis” qui s’impose si vous voulez enchaîner la visite des trois sanctuaires les plus septentrionaux en remontant vers le Nord : il emprunte à partir d’Autun le tracé de l’antique Via Agrippa jusqu’à Avallon en passant par Saulieu.

“Gislebertus hoc fecit”

La foudre ayant frappé l’ancienne tour romane, c’est une flèche gothique – datée de 1469 – qui s’impose de loin quand on aborde la “Rome des Gaules” et sa cathédrale dédiée non au ressuscité de l’Évangile de Jean, mais à Saint Lazare d’Aix (+441). Et après la montée du tertre de la vieille ville, la beauté du tympan nous saisit : un jugement dernier concurrent en majesté de celui de Vézelay, attribué à un certain Gislebertus. L’inscription Gislebertus hoc fecit (“Gislebertus a fait cela”) est en effet gravée sous la mandorle contenant en son centre l’image du Christ en gloire. Un nom de légende? on ne sait s’il désigne l'”ymagier” qui cisela cette merveille, un collectif d’artistes – l’esprit de concurrence sauvage est étranger aux créateurs de ce temps – ou encore le commanditaire de l’œuvre.

Le tympan de la cathédrale d’Autun

Le maître-sculpteur du tympan de Saint-Lazare n’en est pas moins reconnu comme un artiste d’exception, à qui l’analyse de ses procédés par les spécialistes a permis d’attribuer d’autres œuvres, dans la cathédrale et ailleurs : outre le tympan, on est ainsi fondé à lui prêter les émouvants bas-reliefs conservés dans la salle capitulaire, ainsi que la Tentation d’Ève,

La tentation d’Ève

autrefois placée en linteau sur une portail latéral…et même, toujours en vertu du style, une contribution aux travaux de l’Abbaye de Cluny, voire de la Madeleine de Vézelay. Foin des controverses académiques : ne boudons pas notre plaisir d’une déambulation sous les voûtes de Saint-Lazare d’Autun. Quant aux amateurs de bois sculpté, le Musée Rolin, situé à deux pas, leur réserve une collection de statues gothiques polychromes.

Saint-Andoche de Saulieu

Il fut un temps où un automobiliste parti de Paris a 8 h devait impérativement renouveler vers midi son plein à hauteur de Saulieu et, pourquoi pas, sustenter le chauffeur : cette tentation des papilles est à à l’origine de la mono-industrie gastronomique de la cité, qui a si l’on ose dire de beaux restes: usez sans abuser, et profitez d’un temps de digestion bien venu qui vous permettra de visiter la basilique dédiée à Saint Andoche  de Smyrne, venu pour évangéliser la région et martyrisé en  177.

Conçue sur le modèle de Cluny,s a nef est typique du style roman bourguignon, avec six travées établies sur trois niveaux différents et des voûtes en berceau qui préfigurent le gothique. Et surtout, l’intérêt se concentre sur les chapiteaux historiés ou décoratifs créés au XIIe siècle et restaurés au XIXè, qui illustrent le talent des imagiers romans. Vous y reconnaitrez les thèmes illustrés à Autun : fuite en Égypte, tentation du Christ au désert, pendaison de Judas, chouettes accompagnées de décor végétaux, ainsi que des scènes pastorales ou animales comme le curieux combat de coqs, les ours affrontés ou les lions surgissant d’un bouquet d’acanthe. Enfin, l’orgue du XVIIè siècle, fort bien restauré, offre une tache de couleur inattendue avec son buffet d’un bleu éclatant.

Saint-Lazare “bis”

Il n’y avait pas dans les garages de nos grands-papas que des 15 Citroën ou des Ford Vedette : d’autres véhicules au réservoir plus modestes ne “tenaient pas le litre” au-delà d’Avallon, qui en tira profit dans la concurrence gastronomique sévissant sur l’ex-route royale. L’occasion de musarder dans les vieilles rues  de la citadelle perchée entre ses deux ravins, d’admirer ses prodigieux jardins en terrasses qui cascadent jusqu’à la route de Lormes en contrebas, et surtout la collégiale Saint-Lazare, édifiée sur un sanctuaire du Xè siècle dont subsiste la crypte. La tête du saint protecteur, donnée par le Duc de Bourgogne, provoque alors rapidement un afflux de pèlerins, et il faut dès le siècle suivant agrandit l’église dont le clocher sera à plusieurs reprises incendié et ruiné jusqu’à sa reconstruction définitive en 1670. Á côté se trouve le remarquable portail composé de cinq cordons sculptés : angelots, vieillards musiciens de l’Apocalypse, signes du zodiaque et travaux des mois. Le tympan et le petit portail portent aussi de belle sculptures, en moins bon état, parmi lesquelles se devine une adoration des mages. Et pour profiter des peintures ornant la voûte en quart de sphère, il faut descendre trois paliers: le chœur est en effet trois mètres plus bas que le seuil, ce qui concourt à l’excellent acoustique de l’église. Le bas côté Sud présente une collection de statues peintes, tandis que la chapelle latérale, ancienne salle capitulaire, montre de belles peintures en trompe-l’œil du XVIIIè siècle.

Á droite du portail, les hautes voûtes de l’ancienne église paroissiale, dédiée à Saint Pierre, servent désormais d’écrin aux expositions temporaires de la Ville d’Avallon. Il ne vous reste plus pour conclure en beauté ce périples roman et bourguignon qu’à gagner Vézelay, la colline éternelle, par la vallée du Cousin, elle aussi fort rafraîchissante en été…à suivre!

St Lazare d’Avallon : le chœur