Des routes gauloises à la Via Agrippa

Dès qu’il y eut des champs à défricher, il y eut des chemins empierrés : si les

Á Autun : le “cardo” de la Via Agrippa, au dallage caractéristique.

légions – et face à elles les armées gauloises purent accomplir tant de déplacements, souvent rapides, c’est que la Gaule comportait déjà des routes suffisamment viables qui traversaient les fleuves à gué ou sur des ponts. Chez ces peuples rivaux, elles ne formaient toutefois pas un réseau cohérent. Le schéma routier impérial que va tracer Marcus Vispianus Agrippa, gendre d’Auguste, grand stratège et sorte de vice-empereur, sera centralisé en étoile à partir de Lyon (Lugdunum), afin de relier la capitale des Gaules à l’Italie, à l’Atlantique, à la frontière du Rhin et à Boulogne-sur-Mer, port d’embarquement pour la (grande) Bretagne.

Cette partie du réseau Agrippa qui traverse la Bourgogne prend donc la suite de l’immémoriale « route de l’étain ». Suivant le tracé de notre ex « Nationale 6 » de Lyon à Sens, c’est à Chalon (Cavillonum), important port de commerce, qu’elle quitte les bords de Saône pour gagner Autun (Augustodunum), « sœur et émule de Rome » voulue par Auguste pour détrôner Bibracte : mission accomplie, si l’on en juge par les vestiges monumentaux de la ville. Orienté sud-est/nord ouest, son tracé est proche de la ligne droite : c’est une des caractéristiques des « via publicae », qui différent en cela des routes gauloises. Elle passe ensuite à Avallon, suit la rive nord du Cousin puis la Cure qu’elle franchit à Saint Moré où se trouve le camp militaire de Cora pour rejoindre Auxerre et Sens. Autant que son tracé rectiligne, c’est son dallage de pierres taillées jointives qui évoque pour nous la voie romaine. S’il évite les ornières, la boue et contribue au prestige des grandes villes comme Autun dont elle constitue le Kardo ou voie principale, ce dallage de la route romaine n’a rien d’universel : il peut être remplacé par un pavement de petites pierres cubiques, moins épais, voire de graviers et de terre battue dans la campagne, là où l’on reprend parfois le tracé de l’ancienne voie gauloise. C’est le cas, en vézelien, des via vicinalae, routes « secondaires » qui franchissaient la Cure par plusieurs gués, sont parfaitement lisibles à Bazoches (voie du Château), Pierre-Perthuis ou Domecy.

L’épaisseur de son soubassement a de même fait comparer la route romaine à une « muraille enterrée ». Si elle peut en effet varier de 40 cm à plus d’un mètre, la nature des différentes couches varie avec les matériaux disponibles : pierres calcaires, galets fluviaux, silex, intercalés avec du sable. Enfin, la Via Agrippa, comme toutes les routes de l’Empire, a sa signalisation : les bornes milliaires, colonnes de pierres d’1,50m à 3m et de 50 et 80 cm de diamètre, érigées tous les milles romains (1481 m). Elles indiquent les distances qui les séparent de la cité la plus proche dans les deux directions et comportent un texte gravé en lettres capitales, portant le nom de l’empereur qui a fait construire la route avec ses titres honorifiques. D’étonnantes expériences placées sous le contrôle scientifique d’archéologues sont conduites depuis 2010 par l’association autunoise Legio Augusta. Sous le nom de « marches expérimentales », elles consistent à parcourir les chemins de notre région, si riche en patrimoine romain, avec l’équipement reconstitué du légionnaire afin de vérifier la résistance des hommes et la solidité des caligae (sandales) et tentent ainsi de reproduire les conditions concrètes de déplacement d’une troupe romaine.

L’association “Légio Augusta” en marche expérimentale