Girart et Berthe

Les chansons de geste du Moyen-Âge furent l’équivalent de nos séries T.V. Ces longs poèmes chantés qui mêlaient preux loyaux ou fêlons mais toujours vaillants, rois magnanimes ou cruels, étaient colportés de châteaux en places de villages et tenaient en haleine les grands et les gueux avec le récit des actions héroïques de Charlemagne et de ses nombreux vassaux. C’est ainsi qu’à côté de la bien connue Chanson de Roland, les épisodes du « Cycle des barons révoltés » faisaient vibrer la France du Nord. Ils renferment l’histoire légendaire d’un

Girart de Roussillon et sa femme Berthe, fondateurs légendaires de l’abbaye de “Vezeliacum”

couple princier aux origines de l’une des plus puissantes abbayes d’Europe.

Lui, c’est Girart, que les données historiques établissent comme paladin des fils de Charlemagne, d’abord fidèle à Louis-le-Pieux puis à l’empereur Lothaire 1er qu’il soutiendra contre son frère Charles-le-Chauve. D’abord comte de Paris, il est ensuite chargé de la défense de la vallée du Rhône contre les Sarrazins et pour cela titré comte de Vienne : son Roussillon n’a rien à voir avec la Catalogne du Nord, mais correspond à un village de l’Isère à égale distance de Lyon et Valence. Également possessionné en Avallonnais, il reçoit vers 820 le domaine de Vezeliacum (Vézelay) situé au bord de la Cure.


Elle, c’est Berthe, fille de l’empereur de Constantinople promise en mariage au roi Charles, sa sœur cadette Elissent étant promise au fidèle Girart. Mais Charles, subjugué par sa beauté revendique cependant la fiancée du comte de Vienne qui accepte à contrecœur cet échange à condition d’être relevé de ses devoirs de vassal : accord que regrettera immédiatement Charles, et cause de trente ans de guerres intermittentes entre les deux beaux-frères marquées entre autres par la légendaire bataille de Vaubeton qu’on a cru situer entre St Père et Pierre-Perthuis.
Finalement battu, Girart et Berthe s’exilent pendant vingt-deux ans. Á leur retour, Elissent devenue impératrice intervient auprès du roi pour le réconcilier avec son beau-frère pour qui elle garde une chaste inclination, tandis que Berthe devenue une sainte multiplie les prières pour réconcilier Girart avec son Dieu. Ce rôle éminent de deux femmes est-il une influence de la morale des troubadours colporteurs de la légende ?
Pendant ce temps, l’abbaye de Vézelay est en cours d’édification ; la comtesse Berthe y rencontre un jour un pèlerin qu’elle rejoint la nuit en secret pour aider à construire l’abbaye de ses propres mains. Un messager de Charles qui joue le rôle du traître tente alors de persuader Girart de l’infidélité de sa femme et l’invite à le suivre pour confondre celle-ci. Mais c’est à un vrai et dur labeur qu’ils assistent, Berthe apparaissant nimbée de lumière. Quant au pèlerin, il est reconnu par le comte comme un parent autrefois capturé en Terre Sainte. Le couple se retire alors dans la vie contemplative à l’abbaye, un monastère de femmes placée sous la protection « des saints apôtres Pierre et Paul » et donc sous l’autorité directe du Saint-Siège.
Lorsqu’à la fin du IXè siècle les barques vikings pénètrent jusqu’à la haute vallée de la Cure, c’est l’abbé Eudes qui préside désormais une communauté bénédictine d’hommes. Face à leurs raids sur le monastère, il décide en 887 d’implanter le monastère sur la colline voisine où depuis toujours les villageois fuyaient pillards et envahisseurs.

Le mont Scorpion entre dans l’histoire.