Le numérique en libre service

Encore un emprunt au globish ? Un FABLAB (pour fabrication laboratory) est tout simplement lieu de partage de la connaissance du numérique.C’est sur le modèle coopératif que fonctionne celui d’Avallon, autrement dit la Fabrique Numérique Avallonnaise hébergée dans les anciens et spacieux locaux de la Croix-rouge.

Son but : démystifier le numérique. Comment ? En dispensant des formations à l’initiation de son utilisation tout au long des démarches rendues indispensables par la dématérialisation et l’éloignement géographique croissants des services publics (médicaux, administratifs) générateurs chez le grand public d’une impression d’abandon qui nuit au lien social. La consultation préalable à distance, les démarches fiscales ou bancaires sont pourtant appelées à devenir la règle pour une majorité usagers en secteur rural.

C’est ainsi que chaque jeudi de 14 à 20h des bénévoles guident tout un chacun dans ses  premiers pas sur ordinateur. « Nous ne faisons pas à leur place, prévient le secrétaire Christian Joreau, nous lui montrons les démarches et procédures avec le souci que la personne devienne autonome » : n’est-ce pas la meilleure formation dans tous les domaines que celle qui consiste selon l’adage chinois à « apprendre à pêcher plutôt que donner un poisson » ?

Mais au delà de ces premiers pas, l’ambitieuse ruche, où les tables jonchées de câbles et de circuits imprimés évoque la Californie de nos fantasmes, dispense aussi des formations certifiantes à un métier-clé du numérique, celui de développeur pour lequel existe une pénurie : il en manquait l’an dernier 17000 à l’échelon national, et cette carence se répercute jusqu’aux trois grandes entreprises de l’Avallonnais, ainsi que nous l’avons appris lors du HACKATHON, concours qui a rassemblé en novembre 2019 une dizaine de jeunes développeurs autour d’une projet d’application pour l’Office de Tourisme.

Disons également que pour les applications les plus pointues, la coopérative a le grand avantage de s’appuyer sur des liaisons de haut débit par câble puis relais hertziens, assurées par SCANI, un fabricant d’accès internet fonctionnant lui aussi sur le mode coopératif qui s’adresse aux entreprises, collectivités et particuliers de tout le département de l’Yonne, et dont les possibilités de réception en 4G couvrent une zone de 20 km autour d’Avallon.

Comme au sein de la Fabrique Numérique Avallonnaise, l’échange désintéressé des compétences inséparable de l’éthique coopérative tient chez SCANI une place importante. Il sert aussi de toile de fond à l’atelier de réparation où des ordinateurs donnés ou récupérés – le personnel de la déchetterie a le bon goût de les mettre de côté – sont remis en fonctionnement : bel exemple d’économie circulaire. On peut aussi voir des passionnés s’affairer autour de la connectique ou souder des circuits imprimés qui pourront bientôt être fabriqués par la machine ad hoc après…sa réparation.

Une autre machine fascinante pour le profane est la mystérieuse « imprimante 3D » qui permet de fabriquer prototypes et objets en petite série en matériaux fusibles (plastique, cire, résine) ou en bois, qui ici se complète d’une fraiseuse également « 3D » permettant d’usiner les pièces réalisées. Son intérêt ? Fabriquer certains organes internes des PC, mais aussi des objets publicitaires à but de promotion touristique et surtout toute sorte de pièce de nos équipements ménagers que l’obsolescence programmée a rendu introuvable : poignée d’armoire, pièce fermante de meuble, etc. La aussi se pratique le do it yourself : on montre à la personne comment réaliser ladite pièce.

Enfin, un espace de travail partagé permet à quiconque de louer pour une journée un bureau connecté avec un ordinateur et une imprimante, et à un groupe de louer une salle équipée en visioconférence pour une formation ou une conférence.

C’est sous l’égide et avec l’aide du Pays Avallonnais que cette initiative, remarquable pour notre région, a pris naissance. Un semblable laboratoire existe dans la Nièvre à Lormes, qui a pour sa part bénéficié de subventions départementales.

Compte tenu de cette formule martelée à l’envie par tous les décideurs, qui dit que le numérique sera aussi vital pour nos territoires ruraux que le furent en leur temps l’adduction d’eau courante et l’électricité, on ne peut que souhaiter que les instances départementales de l’Yonne s’alignent sur celles de notre département frontalier.