Henri Vincenot, pionnier du “néo-ruralisme”?

H Vincenot
Henri Vincenot, gaulois jusqu’à la moustache… (© éditions Denoël)

“Comment, vous le revendiquez? Mais ce chantre des Hautes-Côtes vineuses et de la traque du sanglier est enfant de l’Auxois!” Revendiquer Henri Vincenot? Á bon droit; car cet enfant de l’Auxois n’en faut pas moins attaché au Morvan, “robuste silence après les clairs refrains des pays calcaires”, et surtout à Vézelay, synthèse éclatante de deux passions qu’il reliait audacieusement, le compagnonnage et la tradition celtique : “

Le fait de relier les compagnons bâtisseurs aux traditions celtiques n’est pas une attitude anti-chrétienne, mais la conscience que les Gaulois ont conservé leurs traditions même après la christianisation.”

Écrivain de la plus grande Bourgogne

Et surtout, Henri Vincenot, malgré l’enracinement dans sa montagne auxoise, est d’abord le chantre de la plus grande Bourgogne. Dans La billebaude, il évoque le pèlerinage de la Madeleine auquel l’a conduit son grand-père Joseph, le fameux père Tremblot. L’émotion saisit d’abord les deux “Côte-d’Oriens” arrivant en carriole par la route d’Avallon:

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“Sans eux, pas de basilique” : II – Viollet-le-Duc : l’engagement artistique

Photographie de Viollet-le-Duc jeune.

Fils d’un haut fonctionnaire conservateur des résidences de Louis-Philippe, Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc (1818-1879) connut dès son adolescence celui qui facilitera sa carrière, Prosper Mérimée, Inspecteur Général des Monuments Historiques à partir de 1834. S’il se destine à l’architecture, il refusera le passage par l’École des Beaux-Arts, apprenant son métier auprès de l’architecte Achille Leclère et surtout en autodidacte lors de voyages répétés en France et en Italie.

C’est à Vézelay, à l’âge de 22 ans, qu’il entame en 1840 “l’impossible restauration”,poursuivie durant près de vingt ans. Devenue église paroissiale après la suppression de l’abbaye en 1790, la basilique abordait le siècle dans un état de décrépitude croissant auquel les “replâtrages” successifs opérés sous la Restauration ne pouvaient remédier faute de moyens de la municipalité. L’incendie causé en 1819 par la foudre tombant sur la tour St Michel avait bien donné lieu à l’octroi d’un crédit de 3000 F visant à colmater les brèches de la toiture et à reprendre certains piliers, porté à 5000 F les années suivantes ; mais le rapport de 1821 qui prévoyait 36 000F de travaux rendait manifeste leur insuffisance : Viollet-le-Duc allait engloutir 825 961 F entre 1840 et 1861, et les pouvoirs parisiens 43 000 F au titre de l’entretien courant jusqu’en 1881.

“Il faudra bientôt prendre le parti de l’abattre pour éviter les accidents”: le  cri d’alarme de Mérimée est en même temps un désaveu de la politique de saupoudrage budgétaire. Car la seule toiture aura nécessité neuf réparations d’urgence entre 1803 et 1838. Quant au crédit spécial de 3000 F consenti en 1837 par le Ministère de l’Intérieur, il ne vise que le maintien des conditions du culte, loin du souci de préservation artistique.

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C’est avec les pieds qu’on se nettoie le mieux la tête

Lumière de solstice…ça serait bête de rester enfermé, non ?

“Oh, ben…marche!…” Combien de fois ai-je entendu cette expression fataliste de la bouche de mon grand-père morvandiau ou de celle de mes oncles, du charpentier au tailleur ou au vigneron? Conclusion d’un “change bref, elle signifiait d’abord que l’on souhaitait briser là. Un soupçon de fatalisme, une invitation à continuer…son petit bonhomme de chemin avec un grain de scepticisme qui semblait dire : “Et si tu veux me faire marcher, tu peux toujours courir.”

Aujourd’hui, si ça ne “marche” pas pour tout le monde, ce sont bien Madame et Monsieur tout-le-monde qui revendiquent la marche, la vraie, grosses chaussures et sac au dos : 18 millions de pratiquants en France, chiffre en augmentation constante. Partout, des clubs et amicales. Eh oui, plus on essaiera de mettre des écrans entre nous et le monde réel, plus nous aurons envie d’aller voir de quel bois est faite la forêt, d’y surprendre chevreuils ou palombes et d’éprouver cette bonne fatigue perdue de vue par les sédentaires. Les grand espaces ont la cote : Aubrac, traversée des Pyrénées, de la Corse, et cette grande vadrouille inscrite dans notre patrimoine : St Jacques de Compostelle, que Jean-Christophe Ruffin appelle L’immortelle randonnée, monde de petites victoires et d’émerveillements, de ronflements et de petites chapelles, d’accueil chaleureux et de pieds fumants. Une tranche de vie qui ne s’oublie pas, remise à la mode voici quarante ans par les deux écrivains Jean-Noël Gurgand et Pierre Barret, qui partirent de Vézelay. Car notre colline bien-aimée est le point de départ de la Voie limousine du chemin.

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“Sans eux, pas de basilique” : I- Prosper Mérimée : la volonté politique

Prosper Mérimée (1803-1870 (pastel de François Rochard)

C’est François Guizot,  ministre de l’Intérieur de Louis-Philippe, qui crée en 1930 l’Inspection Générale des Monuments Historiques. La France cherche alors à restaurer la continuité de son passé au delà de la parenthèse révolutionnaire. Mais bien des chefs d’œuvre ont été abandonnés à l’incurie locale ou à un vandalisme poursuivi bien au delà des excès de la Convention. Et c’est en 1834 que Prosper Mérimée est nommé à la tête de ce service où son père Léonor était déjà secrétaire. Bien qu’abordant une période de sa carrière féconde en chefs-d’œuvre, l’écrivain est  contraint de travailler pour gagner sa vie mais supporte mal d’être “rond de cuir” : il verra donc dans  l’itinérance du poste l’occasion d’échapper à la hiérarchie. Dynamique “patron” de l’Inspection durant vingt-cinq ans, il mènera de front l’écriture et les tournées qui le conduisent dans toute la France et, à leur tour, fécondent son inspiration. C’est le cas pour La Vénus d’Ille, un oppressant “polar archéologique” qu’imprègne une ambiance maléfique, ou pour Colomba (1840) qui doit tout à une connaissance des traditions glanée lors de sa mission de Corse.

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