La chapelle du lac

 

La stèle du maquis du Loup à Vézelay

Sur une stèle de granite, un loup dressé dans une attitude de défi : l’hommage au maquis qui en adopta le nom. Blottie dans le dernier virage de la montée de Vézelay, on peut la manquer en venant de Clamecy. Dans la forêt au Duc, près de Dun-les-Places, c’est un fier gaulois moustachu avec son glaive, qui rappelle qu’ici fut réceptionné par le maquis « Camille » le premier parachutage allié. Á Montsauche, Planchez et Dun-les-Places, ce sont des monuments de facture contemporaine qui évoquent la tragédie vécue par ces villages, incendiés par la Wehrmacht en représailles des attaques menées par l’armée des ombres : le souvenir des maquis est partout, et les traces de leur histoire rassemblées au Musée de la Résistance en Morvan de St Brisson.

C’est à partir de 1942-43 que s’organisent les réseaux de toutes obédiences et que l’instauration du STO auquel de nombreux jeunes veulent échapper gonfle les effectifs des maquis. Les alliés seront unanimes à reconnaître leur contribution à la victoire : sabotage, recueil du renseignement, accueil des commandos alliés parachutés et, seuls ou encadrés par eux, action armée contre les forces nazies et la milice de Vichy.

Formé à Creux (Nièvre), le maquis du Loup commandé par Georges Moreau, un coiffeur de Clamecy, effectue des actions jusqu’aux abords de Saulieu et Vézelay, avec pour chef. Au cœur du massif, dans la forêt Chenue, c’est le maquis Bernard, cantonné entre Montsauche et Saulieu. En forêt au Duc à Dun-les-Places opère le maquis Camille, où le docteur Prochiantz alias « Martel », jeune interne en chirurgie, organise une équipe médicale mobile capable de se rendre sur les lieux des combats afin d’éviter le transport des blessés cachés par les villageois. Á Lormes, le 12 juin 1944, des hommes du maquis Julien saisissent des uniformes à la gendarmerie, en vue d’une opération. Alertée, l’armée allemande engage le combat puis se déchaîne sur la population, prend 10 otages et incendie le bourg.  Pourchassés, dénoncés – par intérêt matériel ou haine idéologique mais aussi souvent à cause d’inimitiés personnelles -, les maquis sont contraints à un perpétuel nomadisme que favorise la forêt dense.

Monument de la Croix-Grenot à St Brisson

Le saviez-vous?

Leur effectif fut assez important pour constituer une véritable armée, affrontant lors de vraies batailles un ennemi supérieur en nombre, ainsi au château de Vermot ou près de Chalaux. En 1944, ils joueront un rôle important dans la libération des quatre départements bourguignons et rejoindront près d’Autun les forces alliées. Réunis aux maquis de la Puisaye et de la Nièvre ils formeront le 1er régiment du Morvan, le « Royal Morvan » au sein de la 1ère armée française. La seule incorporation du maquis des Îles Ménéfrier obligera à constituer un 4ème bataillon à ce régiment qui s’illustrera dans la campagne d’Alsace, puis en Allemagne et jusqu’en Autriche

 

La trace la plus émouvante de leur épopée, c’est la petite chapelle « des maquisards », au bord de l’actuel lac de St Agnan. Á la suite d’une attaque de l’ennemi, 12 survivants du maquis Vauban formé en février 1943 près de Ravières (Yonne) se réfugient durant l’hiver 1943-1944 dans un bois des gorges du Cousin sous la conduite du commandant Armand Simonnot, alias Théo. Devant la porte ouverte au passant, une stèle égrène les noms des membres du maquis, notamment ceux qui donnèrent leur vie.

Sur cette liste, les noms à consonance ibérique de Francisco Doblado et de Valeriano Palacio. Car les maquis morvandiaux compteront jusqu’à 15% d’étrangers, notamment ces républicains espagnols, vétérans de « leur » guerre civile, dont l’expérience fut précieuse : dans le seul maquis Camille, ils étaient 33. Une autre héroïne méconnue est l’Autrichienne Lily Plyel – alias Sergent France – infirmière des patriotes. « Vauban » fera 13 recrues en décembre 1944, participant à l’occupation de Noyers et à la libération de Courson-les-Carrières et de la ville d’Auxerre, libérant ensuite Lichères-près-Aigremont, Chablis, Varennes où se fera la jonction avec les blindés américains.

Pour en savoir plus :   

Musée de la Résistance en Morvan. Saint Brisson (Nièvre)

Noëlle RENAULT : Le maquis Serge (Editions Sutton)

Jacques CANAUD : Le temps des Maquis (Editons de l’Armançon)

Dans l’ombre de Marie Madeleine

Pour les Vézeliens, il était « Julius ». Tout sauf un tiède. Né à Rovigo en Algérie en 1907, il s’avouait lui-même exalté et provocateur. Il le démontrera dès le séminaire, passant ensuite du pétainisme à la France libre et de la discipline de l’officier au rejet du militaire. Que de disputes intérieures dans le parcours de celui qui, tel son compatriote Saint Augustin de Bône, s’exaspérait de « sentir deux hommes en lui » ! Soldat chevalier haïssant les guerres de son temps, il rompt avec l’armée à l’occasion de la guerre d’Indochine. Pied-noir révolté par celle d’Algérie, ses échanges avec Albert Camus et Jean Amrouche compteront dans l’élaboration de son œuvre. Grand séducteur, il vouera-t-il un amour mystique à la sainte de Vézelay, à l’ombre de laquelle il mourra en 2000 à 93 ans.

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Vauban, de Bazoches aux frontières

Maquette de la citadelle de Lille, par Vauban.

Ville défendue par Vauban, ville imprenable; ville assiégée par Vauban, ville prise. De la Cour aux cantonnements de l’armée royale, ce quasi-dicton consacre la renommée du sire de Bazoches en même temps qu’il campe son “métier”, cette branche de l’art militaire qui a nom poliorcétique : technique du siège des villes, dit le dictionnaire. Car Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707), véritable inventeur de l’arme du génie, va entourer la France d’un réseau de forteresses qui la rendront inviolable et maintiendront hors des frontières les batailles des guerres de Louis XIV. De la Flandre au Roussillon et de la Bretagne au Piémont, son empreinte se lit encore dans l’architecture de nombreuses citadelles, illustrant une conception de la défense “au plus près du terrain”. En ce temps où les possessions des États s’enchevêtrent, elle découle de sa vision rationnelle d’une frontière linéaire, qui l’amène constamment à recommander au roi de faire son pré carré.

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Grands lacs, turbines et planches à voile

L’âge du flot

La digue du lac des Settons.

Au temps où le Morvan approvisionnait Paris en bois de chauffage, on ne pouvait s’en remettre au caprice de la météo de l’année pour acheminer le grand flot de novembre, ni même pour celui du petit flot de mars. Les plus petits affluents de l’Yonne, de la Cure, du Cousin et du Chalaux étaient donc barrés par une multitude d’étangs dont il suffisait au jour fixé d’ouvrir les bondes pour assurer l’évacuation rapide des bûches perdues. Quant aux trains formés en aval à Clamecy ou Vermenton, l’apport d’une crue artificielle était de même indispensable pour accélérer leur écoulement. Ainsi fut construit entre 1854 et 1861 près de Montsauche le premier barrage morvandiau, créant le lac des Settons dans le but d’augmenter à volonté le débit de la Cure. La masse de gros blocs granitiques de sa digue de 267m de long et 20m de haut suffit à retenir les eaux: c’est un “barrage poids”, à cette époque le plus imposant de ce type construit en Europe occidentale.

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Henri Vincenot, pionnier du “néo-ruralisme”?

H Vincenot
Henri Vincenot, gaulois jusqu’à la moustache… (© éditions Denoël)

“Comment, vous le revendiquez? Mais ce chantre des Hautes-Côtes vineuses et de la traque du sanglier est enfant de l’Auxois!” Revendiquer Henri Vincenot? Á bon droit; car cet enfant de l’Auxois n’en faut pas moins attaché au Morvan, “robuste silence après les clairs refrains des pays calcaires”, et surtout à Vézelay, synthèse éclatante de deux passions qu’il reliait audacieusement, le compagnonnage et la tradition celtique : “

Le fait de relier les compagnons bâtisseurs aux traditions celtiques n’est pas une attitude anti-chrétienne, mais la conscience que les Gaulois ont conservé leurs traditions même après la christianisation.”

Écrivain de la plus grande Bourgogne

Et surtout, Henri Vincenot, malgré l’enracinement dans sa montagne auxoise, est d’abord le chantre de la plus grande Bourgogne. Dans La billebaude, il évoque le pèlerinage de la Madeleine auquel l’a conduit son grand-père Joseph, le fameux père Tremblot. L’émotion saisit d’abord les deux “Côte-d’Oriens” arrivant en carriole par la route d’Avallon:

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