Girart et Berthe

Les chansons de geste du Moyen-Âge furent l’équivalent de nos séries T.V. Ces longs poèmes chantés qui mêlaient preux loyaux ou fêlons mais toujours vaillants, rois magnanimes ou cruels, étaient colportés de châteaux en places de villages et tenaient en haleine les grands et les gueux avec le récit des actions héroïques de Charlemagne et de ses nombreux vassaux. C’est ainsi qu’à côté de la bien connue Chanson de Roland, les épisodes du « Cycle des barons révoltés » faisaient vibrer la France du Nord. Ils renferment l’histoire légendaire d’un

Girart de Roussillon et sa femme Berthe, fondateurs légendaires de l’abbaye de “Vezeliacum”

couple princier aux origines de l’une des plus puissantes abbayes d’Europe.

Lui, c’est Girart, que les données historiques établissent comme paladin des fils de Charlemagne, d’abord fidèle à Louis-le-Pieux puis à l’empereur Lothaire 1er qu’il soutiendra contre son frère Charles-le-Chauve. D’abord comte de Paris, il est ensuite chargé de la défense de la vallée du Rhône contre les Sarrazins et pour cela titré comte de Vienne : son Roussillon n’a rien à voir avec la Catalogne du Nord, mais correspond à un village de l’Isère à égale distance de Lyon et Valence. Également possessionné en Avallonnais, il reçoit vers 820 le domaine de Vezeliacum (Vézelay) situé au bord de la Cure.

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Dans l’ombre de Marie Madeleine

Pour les Vézeliens, il était « Julius ». Tout sauf un tiède. Né à Rovigo en Algérie en 1907, il s’avouait lui-même exalté et provocateur. Il le démontrera dès le séminaire, passant ensuite du pétainisme à la France libre et de la discipline de l’officier au rejet du militaire. Que de disputes intérieures dans le parcours de celui qui, tel son compatriote Saint Augustin de Bône, s’exaspérait de « sentir deux hommes en lui » ! Soldat chevalier haïssant les guerres de son temps, il rompt avec l’armée à l’occasion de la guerre d’Indochine. Pied-noir révolté par celle d’Algérie, ses échanges avec Albert Camus et Jean Amrouche compteront dans l’élaboration de son œuvre. Grand séducteur, il vouera-t-il un amour mystique à la sainte de Vézelay, à l’ombre de laquelle il mourra en 2000 à 93 ans.

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Vauban, de Bazoches aux frontières

Maquette de la citadelle de Lille, par Vauban.

Ville défendue par Vauban, ville imprenable; ville assiégée par Vauban, ville prise. De la Cour aux cantonnements de l’armée royale, ce quasi-dicton consacre la renommée du sire de Bazoches en même temps qu’il campe son “métier”, cette branche de l’art militaire qui a nom poliorcétique : technique du siège des villes, dit le dictionnaire. Car Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707), véritable inventeur de l’arme du génie, va entourer la France d’un réseau de forteresses qui la rendront inviolable et maintiendront hors des frontières les batailles des guerres de Louis XIV. De la Flandre au Roussillon et de la Bretagne au Piémont, son empreinte se lit encore dans l’architecture de nombreuses citadelles, illustrant une conception de la défense “au plus près du terrain”. En ce temps où les possessions des États s’enchevêtrent, elle découle de sa vision rationnelle d’une frontière linéaire, qui l’amène constamment à recommander au roi de faire son pré carré.

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Henri Vincenot, pionnier du “néo-ruralisme”?

H Vincenot
Henri Vincenot, gaulois jusqu’à la moustache… (© éditions Denoël)

“Comment, vous le revendiquez? Mais ce chantre des Hautes-Côtes vineuses et de la traque du sanglier est enfant de l’Auxois!” Revendiquer Henri Vincenot? Á bon droit; car cet enfant de l’Auxois n’en faut pas moins attaché au Morvan, “robuste silence après les clairs refrains des pays calcaires”, et surtout à Vézelay, synthèse éclatante de deux passions qu’il reliait audacieusement, le compagnonnage et la tradition celtique : “

Le fait de relier les compagnons bâtisseurs aux traditions celtiques n’est pas une attitude anti-chrétienne, mais la conscience que les Gaulois ont conservé leurs traditions même après la christianisation.”

Écrivain de la plus grande Bourgogne

Et surtout, Henri Vincenot, malgré l’enracinement dans sa montagne auxoise, est d’abord le chantre de la plus grande Bourgogne. Dans La billebaude, il évoque le pèlerinage de la Madeleine auquel l’a conduit son grand-père Joseph, le fameux père Tremblot. L’émotion saisit d’abord les deux “Côte-d’Oriens” arrivant en carriole par la route d’Avallon:

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