“Sans eux, pas de basilique”. III- Nicolas Comynet : la maîtrise opérative

La pierre de la carrière d’Aubigny à Taingy (Yonne) fut utilisée à Vézelay et à Saint-Père comme à Paris.
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Á l’été 1840, une fois approuvés les cahiers des charges, dressés les relevés et épures, des ouvriers appartenant à ce que nous appelons maintenant “les corps d’État” investissent la colline de Vézelay pour réparer le monument blessé : il va falloir sélectionner, charroyer, “cuber” et tailler selon les gabarits les pierres adéquates, claver des tuiles non gélives. Les cintres destinés aux arcs nécessitent d’énormes quantités de chêne. Le fer, l’acier et le plomb fondu sont également requis pour les crampons et joints. Tous matériaux qui se marchandent âprement, sont parfois soumis à des pénuries, à la rétention spéculative ou à la fraude. Les travaux peuvent pour leur part souffrir de malfaçons : courant au xixè siècle, le marchandage à la tâche pousse les ouvriers à bâcler sans se soucier de la qualité des finitions et sera interdit en 1848.

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“Sans eux, pas de basilique” : II – Viollet-le-Duc : l’engagement artistique

Photographie de Viollet-le-Duc jeune.

Fils d’un haut fonctionnaire conservateur des résidences de Louis-Philippe, Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc (1818-1879) connut dès son adolescence celui qui facilitera sa carrière, Prosper Mérimée, Inspecteur Général des Monuments Historiques à partir de 1834. S’il se destine à l’architecture, il refusera le passage par l’École des Beaux-Arts, apprenant son métier auprès de l’architecte Achille Leclère et surtout en autodidacte lors de voyages répétés en France et en Italie.

C’est à Vézelay, à l’âge de 22 ans, qu’il entame en 1840 “l’impossible restauration”,poursuivie durant près de vingt ans. Devenue église paroissiale après la suppression de l’abbaye en 1790, la basilique abordait le siècle dans un état de décrépitude croissant auquel les “replâtrages” successifs opérés sous la Restauration ne pouvaient remédier faute de moyens de la municipalité. L’incendie causé en 1819 par la foudre tombant sur la tour St Michel avait bien donné lieu à l’octroi d’un crédit de 3000 F visant à colmater les brèches de la toiture et à reprendre certains piliers, porté à 5000 F les années suivantes ; mais le rapport de 1821 qui prévoyait 36 000F de travaux rendait manifeste leur insuffisance : Viollet-le-Duc allait engloutir 825 961 F entre 1840 et 1861, et les pouvoirs parisiens 43 000 F au titre de l’entretien courant jusqu’en 1881.

“Il faudra bientôt prendre le parti de l’abattre pour éviter les accidents”: le  cri d’alarme de Mérimée est en même temps un désaveu de la politique de saupoudrage budgétaire. Car la seule toiture aura nécessité neuf réparations d’urgence entre 1803 et 1838. Quant au crédit spécial de 3000 F consenti en 1837 par le Ministère de l’Intérieur, il ne vise que le maintien des conditions du culte, loin du souci de préservation artistique.

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“Sans eux, pas de basilique” : I- Prosper Mérimée : la volonté politique

Prosper Mérimée (1803-1870 (pastel de François Rochard)

C’est François Guizot,  ministre de l’Intérieur de Louis-Philippe, qui crée en 1930 l’Inspection Générale des Monuments Historiques. La France cherche alors à restaurer la continuité de son passé au delà de la parenthèse révolutionnaire. Mais bien des chefs d’œuvre ont été abandonnés à l’incurie locale ou à un vandalisme poursuivi bien au delà des excès de la Convention. Et c’est en 1834 que Prosper Mérimée est nommé à la tête de ce service où son père Léonor était déjà secrétaire. Bien qu’abordant une période de sa carrière féconde en chefs-d’œuvre, l’écrivain est  contraint de travailler pour gagner sa vie mais supporte mal d’être “rond de cuir” : il verra donc dans  l’itinérance du poste l’occasion d’échapper à la hiérarchie. Dynamique “patron” de l’Inspection durant vingt-cinq ans, il mènera de front l’écriture et les tournées qui le conduisent dans toute la France et, à leur tour, fécondent son inspiration. C’est le cas pour La Vénus d’Ille, un oppressant “polar archéologique” qu’imprègne une ambiance maléfique, ou pour Colomba (1840) qui doit tout à une connaissance des traditions glanée lors de sa mission de Corse.

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