“Vézelay, Vézelay, Vézelay, Vézelay”

“Vézelay, Vézelay, Vézelay, Vézelay”…connaissez-vous plus bel alexandrin de la langue française?” – Louis ARAGON

Il faut arriver à la lumière du soir par la route d’Avallon afin de ne pas manquer la “Montjoie” de Tharoiseau et de saluer en pèlerin la Madeleine sur son éperon, qui cache si bien les maisons des hommes. Vézelay en ses vignes, proche du Morvan au point que, dit le dicton, “Ses poules y vont en champ”. Est-ce la forme du village qui, bien avant que n’existât la photo aérienne,  l’a fait nommer Mont du Scorpion? Ou bien les incessants conflits qui opposèrent les habitants à leur seigneur-abbé et ce dernier à tous les pouvoirs, puis les Huguenots aux papistes lors des guerres de religion?

Vézelay, où toute fureur trouve rémission dans le sourire de la pécheresse pardonnée, dont les reliques firent marcher bien des foules. Oui, celle à qui Jules Roy, guerrier plein de regrets et vézelien d’adoption, adressait ses mots d’amant et n’appelait jamais autrement que “mademoiselle Marie-Madeleine”, souveraine d’une colline qu’il plaçait sous le signe de l’amour fou.

Vézelay, où Bernard de Clairvaux prêcha la IIè croisade en 1146 sur les pentes de la Cordelle. Venus du cœur du continent, de plus humbles marcheurs y prirent durant des siècles le départ pour Saint Jacques de Compostelle: les coquilles de bronze scellées dans la chaussée de la grande rue réaffirment le rang de la cité comme tête de la “voie limousine” du pèlerinage.

Vézelay, confronté au devoir de respiration planétaire que lui impose son classement par l’UNESCO au patrimoine de l’humanité : le salut aux œuvriers médiévaux se double d’un hommage à  ces penseurs d’envergure qui, de Romain Rolland à Maurice Clavel, y ont mis loin du monde le point final à une œuvre vouée à l’universel humain.

Vézelay, où la lumière du chœur gothique de la basilique fait chanter le duo des calcaires bourguignons, offrit un point d’aboutissement à l’art des ymagiers romans et à la science des architectes de Cluny : c’est ici que ce rapprochement

moulin mystique VZL

donna le meilleur, un joyau que nous avons failli perdre. Car si discutée qu’ait pu être la restauration du monument par Eugène Viollet-le-Duc au XIXè siècle, pensons que “sans elle, nous irions pleurer sur des ruines”, comme disait Dom Bénigne Defarge, le voisin de La Pierre-qui-Vire.